La tendance vers l’augmentation de la participation du secteur privé dans le domaine de la santé au Québec suscite des réactions diverses, particulièrement à l’Assemblée nationale. Récemment, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a exprimé son mécontentement concernant la progression des projets qui permettraient aux patients d’accéder à des soins privés, financés par l’État, lorsque les temps d’attente pour des spécialistes deviennent jugés inacceptables.
Actuellement, bon nombre de patients sont confrontés à des choix difficiles. Pour éviter d’attendre jusqu’à deux ans pour une opération de remplacement de hanche, certaines personnes sont prêtes à débourser jusqu’à 28 000 $ pour bénéficier d’une intervention rapide dans le secteur privé. Ce phénomène soulève des inquiétudes quant à l’avenir des soins de santé publics et aux inégalités qui pourraient en résulter.
Le ministre Dubé a souligné que le premier projet de règlement qu’il a reçu ne répondait pas aux attentes nécessaires. Ainsi, il a demandé à ce que ce règlement soit revu pour garantir son efficacité. Il a indiqué aux députés, notamment au député libéral André Fortin, qu’il souhaitait avoir ce règlement en place, que ce soit au début ou à la fin de l’été. Ce règlement s’inscrira dans le cadre d’un projet de loi plus vaste, la loi 15 sur la réforme de la santé, adoptée récemment. Ce texte de loi prévoit que la directrice générale de Santé Québec puisse rediriger les patients vers des cliniques privées en cas d’attente excessive pour des services spécialisés.
L’impact de la pandémie de COVID-19 sur les listes d’attente est significatif. Les dernières statistiques montrent une augmentation alarmante du nombre de patients en attente de chirurgies, passant de 115 000 avant la pandémie à environ 152 000, avec 55 000 ajouts. Plus de 7 000 personnes attendent maintenant depuis plus d’un an, et le nombre de patients en attente d’une consultation avec un spécialiste dépasse les 900 000, un record inquiétant. Plus de 63 % des patients attendent au-delà des délais recommandés, une situation qui exacerbe la crise persistante dans le réseau de la santé.
Parallèlement, des amendements ont été proposés au projet de loi actuel, visant à imposer un engagement minimum de cinq ans pour les nouveaux médecins dans le secteur public avant qu’ils ne puissent envisager une pratique dans le privé. Ces modifications ont pour but d’établir un cadre d’évaluation des demandes des médecins souhaitant rejoindre le secteur privé, garantissant ainsi que leurs départs n’affectent pas la disponibilité des soins publics dans leur région.
Le Québec compte actuellement plus de 820 médecins qui ne participent pas au système public, ce qui soulève des inquiétudes parmi les groupes de médecins et de santé publique. Les récents témoignages lors des consultations sur ce projet de loi indiquent que de nombreux intervenants craignent une détérioration du système public. Le Collège des médecins du Québec a même suggéré d’interdire aux médecins de quitter le réseau public, avertissant que cette mobilité pourrait aggraver la pénurie de professionnels de santé.
Les différents acteurs de la santé continuent d’exprimer des préoccupations face au risque de créer un système à plusieurs vitesses, où les plus favorisés pourraient accéder à des soins rapides, tandis que d’autres seraient laissés à attendre indéfiniment. La CSN a également souligné que la gestion des choix des médecins concernant leur recrutement doit être équilibrée entre le secteur public et privé, dans le but de maintenir l’intégrité du système de santé.
