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Cinq ans après la pandémie : des héros de la santé à de simples statistiques

Cinq ans après la pandémie, les « anges gardiens » oscillent entre reconnaissance et désillusion

### Un élan de solidarité devenu routine

À l’aube de la crise sanitaire mondiale, de nombreux préposés aux bénéficiaires (PAB) se sont révélés être des piliers du système de santé. Ces travailleurs, souvent surnommés « anges gardiens », ont fait preuve d’un dévouement sans précédent pour prendre soin des aînés et des personnes vulnérables. Cependant, le souvenir de cette période de reconnaissance intense semble s’estomper. Des témoignages récents mettent en lumière une inquiétude croissante parmi ces professionnels quant à la manière dont leur rôle est perçu aujourd’hui.

### Un retour à l’anonymat

Cinq ans après le pic de la pandémie, des préposés interrogés expriment un sentiment amer. Ils constatent que malgré leur travail acharné pendant la crise, leur statut est redevenu celui de simples employés, souvent perçus comme des numéros. Isabella Valverde Carrière, qui a récemment pris sa retraite après 35 ans de service en CHSLD, résume ce désenchantement : « Malheureusement, après la COVID, les anges gardiens ont été remis dans l’anonymat. »

### Des conditions de travail dégradées

Le retour à une normalité post-pandémique n’a pas été accompagné des améliorations nécessaires. La fatigue accumulée par les PAB se traduit par une insatisfaction croissante liée aux conditions de travail. Isabella souligne que la situation, déjà fragile avant la pandémie, s’est détériorée avec le manque de personnel et l’arrivée de nouveaux employés moins expérimentés. « Le système était déjà affaibli, la pandémie l’a mis K.-O. », déclare-t-elle, marquée par son expérience.

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### Engagement temporaire, impact durable

La pandémie a aussi permis à des volontaires, comme Mathieu Casavant, de rejoindre le monde des soins, apportant une aide précieuse à ceux qui en avaient besoin. Bien qu’il ait trouvé du sens et de la valorisation dans son nouveau rôle, sa transition vers d’autres horizons souligne un paradoxe : le besoin de reconnaissance constant pour les PAB s’estompe, même si leur présence est cruciale. « Valoriser ce travail ne devrait pas se cantonner aux périodes de crise », insiste-t-il, appelant à une prise de conscience soutenue.

### Un sentiment d’abandon

La centralisation croissante du réseau de la santé accroît le sentiment de dévalorisation. Guillaume Clavette, représentant syndical, traduit ce malaise par l’expression de l’abandon ressenti par de nombreux PAB. La distance entre les travailleurs et la direction favorise l’idée qu’ils sont devenus des numéros, éloignant ainsi les valeurs humaines qui devraient au contraire être au cœur des soins.

### Reconnaissance des proches

Malgré ce manque de valorisation, certaines voix se font entendre. France Veilleux, préposée dans un CHSLD à Québec, témoigne de l’appréciation persistante des familles des bénéficiaires. Pour elle, ce lien humain est primordial : « Les familles continuent de nous voir comme des anges gardiens, et cela nous donne de la force », indique-t-elle, soutenue par son engagement indéfectible envers sa clientèle.

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### Un engagement inébranlable

Malgré les défis rencontrés, France demeure passionnée par son métier et poursuit son rôle avec dévouement. À 59 ans, elle se projette encore plusieurs années dans cette profession, convaincue de la nécessité d’offrir amour et attention à ceux qui en ont besoin. Son engagement est un symbole de la résilience et de l’humanité que l’on retrouve chez de nombreux préposés, même lorsque les circonstances ne sont pas favorables.

Dans ce contexte, il semble impératif de réévaluer la reconnaissance accordée à ces professionnels de la santé pour éviter qu’ils ne se sentent à nouveau invisibles.