Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, a récemment présenté un budget qui suscite des interrogations quant à sa priorisation en faveur des entreprises au détriment des services publics. Ce budget, pour l’année 2025-2026, se caractérise par une augmentation des dépenses qui ne dépasse pas le taux d’inflation, tout en négligeant des domaines cruciaux tels que le logement et l’environnement.
### Un soutien accru aux entreprises
L’accent est clairement mis sur le soutien aux entreprises, avec un engagement de 4,1 milliards de dollars sur cinq ans pour stimuler la compétitivité. Ce montant, qui se révèle presque 24 fois supérieur aux investissements destinés à la protection de l’environnement, soulève des préoccupations. Parmi les mesures spécifiques, 3,5 milliards seront alloués à des projets visant à renforcer la compétitivité, tandis que 400 millions seront réservés pour aider directement les entreprises québécoises affectées par des tarifs commerciaux imposés par les États-Unis.
### Impact sur les services publics
En comparaison, la réaction envers le financement des services publics s’annonce peu encourageante. Alors que le budget des ministères atteint un total de 156 milliards de dollars, l’augmentation des budgets d’éducation et de santé est jugée insuffisante, posant le spectre de l’austérité. Les experts estiment que les portefeuilles devraient croître d’au moins 3 % pour maintenir un niveau de service adéquat, ce qui souligne une incohérence dans la planification financière de l’État.
### Compression et stagnation
De nombreux analystes évoquent une tendance vers l’austérité, suggérant que cette situation conduira à des compressions dans les services publics. Le chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques, Guillaume Hébert, souligne que l’augmentation des dépenses est largement inférieure à l’évolution des coûts, générant ainsi une situation précarisée pour les services de base comme la santé et l’éducation.
### Logement et environnement laissés pour compte
Une autre lacune majeure du budget est le manque d’investissements significatifs dans les secteurs du logement et de l’environnement. Avec des sommes dérisoires allouées aux rénovations de logements sociaux et aucune nouvelle initiative pour la construction de logements abordables, les acteurs du marché immobilier craignent une aggravation de la crise du logement.
Quant à l’environnement, le budget présente une stagnation du financement à un moment où les enjeux écologiques sont cruciaux. L’augmentation marginale attribuée à ce secteur est perçue comme insuffisante pour répondre aux nombreux défis auxquels la province fait face en matière de lutte contre les changements climatiques.
### Perspectives d’avenir incertaines
Le budget présente également des prévisions de budget déficitaire se chiffrant à 11,4 milliards de dollars, avec un retour à l’équilibre budgétaire envisagé d’ici 2029-2030. Cependant, cette stratégie soulève des questions sur la faisabilité de coupes nécessaires dans les prochains budgets, ce qui pourrait avoir des répercussions néfastes sur la qualité des services publics disponibles pour la population.
### Gel des recrutements et contraintes placées sur le personnel gouvernemental
L’impact sur l’emploi dans le secteur public est aussi à considérer, avec un gel prévu dans le recrutement pour de nombreux postes, ce qui risque de créer des tensions supplémentaires au sein des services. La présidente de la CSN, Caroline Senneville, exprime des inquiétudes concernant cette situation, soulignant que cela pourrait affecter la qualité des services offerts à la population.
### Économie et inégalités
Le plan budgétaire soulève également des préoccupations quant aux inégalités économiques. La priorité donnée aux grandes entreprises pourrait créer un déséquilibre, laissant de côté les besoins des travailleurs et des ménages en difficulté. Il y a un consensus parmi plusieurs analystes que la décision de réduire les impôts sur les entreprises et les ménages riches risque de nuire à la capacité de l’État à financer ses obligations et programmes sociaux.
### Conclusion sous-jacente
Alors que le gouvernement semble se projeter vers un avenir où les entreprises sont soutenues pour faire face à l’incertitude économique, les services publics, alimentaires et de base pourraient souffrir d’une attention insuffisante. Le budget du Quebec pour l’année à venir provoque donc un débat au sein de la société sur la meilleure approche à adopter dans un contexte de crise économique et sociale.
